VAN MUNSTER

« Ces sphères, globes, boules, géodes sont-ce des planètes, des galets, des fruits, montgolfières ou calebasses dans lesquelles chacun, au contact visuel de la rotondité, peut se promener en imaginaire ? Est-ce encore de l’argile ?
Jusqu’en 2007, Ingrid VAN MUNSTER en artisane consciencieuse produisait exclusivement de la vaisselle de table. Puis, des formes corporelles, tels des torses et des boules à émaux satinés sont arrivées entre ses mains. À partir de 2010, la dimension sphérique a pris le pas sur tout le reste, la symétrie imposée par le tour s’évapore en refermant la pièce : dès lors, elle devient un volume que l’on peut moduler. L’artiste émergeait.

Munie d’un bagage céramique portant sur une bonne connaissance des textures et des effets de la chimie des émaux, ainsi que sur la géologie des roches, c’est pourtant vers une simplicité formelle voire spirituelle que tend aujourd’hui son oeuvre.
La céramiste a élaboré le fil conducteur de sa démarche créatrice : l’émail comme un langage, une émotion déposée sur une forme évocatrice de nature. Le pied étant aboli, les angles rognés, le galbe adouci, la lèvre ourlée, toute la place est alors donnée à l’émail qui peut s’épancher à sa guise. En tous sens et mêlant tons et teintes, aspect lisse et effet de rugosité.

Autre aspect non moins important dans le rythme visuel : la rupture. La force de la boule émaillée est, en effet, un trou. Une sorte de déchirure, un gouffre, une dépression ou même un chaos creusé d’un doigt dans la terre encore molle utile à la respiration de l’ensemble. » (d’après François GONSE)

Ingrid VAN MUNSTER ne retouche plus la recette des émaux mats qu’elle a créé, l’un bleu au cobalt, l’autre vert en ajoutant du cuivre. Ces émaux difficiles à manier présentent une réaction très sensible à leur épaisseur, en fonction de laquelle, à différentes températures, peuvent apparaître jusqu’à 7 couleurs ainsi qu’un effet de nucléation. Après une cuisson à 1 300 degrés, la pièce défournée offre sa couleur et son évocation : si l’artiste n’est pas satisfaite, elle est refoulée à l’atelier pour recevoir une ultime chance. Le taux de rebut s’est amélioré tout de même depuis l’année entière où il resta à 100%…

L’artiste, née en 1974, a opté pour la céramique après sa maitrise de lettres. Elle est installée dans une ancienne bastide d’Ariège d’où l’on aperçoit les Pyrénées.
Ses oeuvres en grès porcelainique, exposées essentiellement en France, peuvent vivre aussi bien en extérieur qu’en intérieur.