RAHBAN

Notre première rencontre avec un tableau de Juliette RAHBAN a été un hasard, au milieu d’oeuvres d’innombrables artistes. Et le choc a été fort, tant à cause du talent hors du commun qu’il témoignait que du sujet traité avec une maturité critique affirmée. Après une recherche approfondie de ses autres créations, nous nous sommes convaincus qu’il fallait rencontrer l’artiste, dont nous ne savions rien. Ce fut un second choc : nous imaginions une femme qui avait engrangé les enseignements d’une vie déjà bien entamée ; nous avons vu arriver une toute jeune femme s’inspirant crânement du look punk.

Juliette RAHBAN est née en 1991. Son bac littéraire avec mention en poche, avec un 20/20 à l’oral en arts plastiques, elle intègre l’École de l’Image d’Épinal, où elle terminera brillamment ses études. C’est là qu’elle est incitée à coucher sur le papier ce qu’elle porte en elle : mission accomplie ! « La première idée que j’ai eue était d’exprimer une féminité qui choque le spectateur, le bouscule dans ses idées. Une féminité violente comme cette notion l’était pour moi : je voulais peut-être essayer de me libérer d’une sorte de rancoeur que cette notion de féminité m’inspirait.

Le dessin m’est venu tout de suite. Un mélange femme et végétal, une femme dénudée, mais d’une façon inhabituelle. Pas « belle », pas attirante, pas désirable. Plus que dénudée, dépecée. Aux formes déformées. Pour essayer de capturer l’essence de la féminité. Le pire est que cette petite femme dont je venais de peindre les contours, je commençais à m’y attacher. Cette femme ne serait pas une plaie ouverte, ce serait surtout une part d’alchimie végétale / humaine – comme les Arbrorigènes de Pignon-Ernest ou le Sentier de Charme de Penone -, de poésie, de force de vie. Ces branches sont celles qui poussent, qui naissent.

Tout en gardant ses douleurs qui font partie d’elle-même : elle saigne encore entre ses jambes. Elle garde un collier revendicateur : il ne faut pas souffrir pour être belle. »

Dessins sur papier, dessins sur bois, gravures. Le prix du Salon d’Automne à Artcité 2016 a été décerné à Juliette RAHBAN pour l’oeuvre « Ma fille, sois femme » exposée à la galerie.