VERGER

L’apparition du rhinocéros, premier animal dans les créations de Sophie VERGER, serait un hommage à IONESCO : dans une pièce qui porte le nom de cet animal, l’écrivain transforme petit à petit tous les habitants d’une ville pour y dénoncer la montée des totalitarismes. LA FONTAINE en son temps a également joué des métaphores animales. De même Sophie VERGER met en scène des animaux et leur attribue des sentiments humains. « C’est ce qui rend mon travail intéressant. J’essaye de proposer des oeuvres humanisées qui racontent des histoires, des histoires qui parlent tout autant aux adultes qu’aux enfants, et qui permettent différents degrés de lecture selon notre approche à l’art ».

« Ce thème animalier peut fournir des voies à explorer sur les plans esthétiques, symboliques, affectifs, érotiques. Je cherche juste le point d’équilibre où l’animal existe par lui-même et me sers de ses particularités anatomiques pour évoquer une situation. Une sculpture peut en cacher une autre…

Mes premiers rhinocéros, par moment déprimés, la corne affaissée, regardent le ciel avec leur cavalière et font découvrir l’éros aux petites filles. Les défenses de l’éléphant de mer qui emprisonnent sa femelle sont une belle image du sort réservé à quelques femmes. Une trompe qui pousse ou retient un éléphanteau parle des rapports enfants – parents et les rondeurs de l’hippopotame suggèrent une vénus préhistorique. La girafe exprime les femmes aux longs cous cerclés d’anneaux, anneaux qui représentent la pression sociale exercée sur elles, mais les rendent aussi dominantes et triomphantes.
Ce sujet explicitement humain me permet par ailleurs de jouer par moment sur le registre du détournement : la girafe devient une vierge à l’enfant, représentation séculaire de la sculpture, fesse un rhinocéros en hommage à Max ERNST, arbore des cornes de magicienne à la manière des sorcières de GOYA ».

Sophie VERGER est née en 1953. Elle vit et travaille en Picardie. Sur la lancée d’une vocation artistique précoce, elle s’est formée à l’école Nissim de Camondo et aux Beaux-Arts. Elle a découvert la sculpture lors d’ateliers au Musée Bourdelle, et poursuivi dans cette voie avec les encouragements d’Etienne MARTIN.
Le prix du public en 2000 à l’exposition Sculpture et Jardin à Lille a confirmé son choix du thème animalier, pour lequel elle a acquis progressivement une notoriété européenne. Commandes de municipalités, expositions à caractère muséal (Musée Pompon, Musée de Berck, en juin 2018 La Sorbonne à Paris) et en galeries se succèdent depuis 30 ans.

« La sculpture est histoire d’amour, de sensualité, une histoire qui permet de communiquer d’inconscient à inconscient ».