MORBU

La première exposition des oeuvres d’Hélène Morbu par la Galerie Maznel en 2014 témoignait d’un savoir-faire déjà affirmé. Depuis, la céramiste a acquis une belle notoriété, glanant le prix de la Jeune création métiers d’art (2016) et le prix Le créateur fondation ateliers d’art de France (2019). Son agenda traduit la reconnaissance de manifestations de haut vol : Céramique 14, Treigny, Carouge, Saint Quentin la Poterie, Giroussens (2022), La Borne (2022), Dieulefit (2022), Guebwiller (2023). Et le Palais des arts déco de Saint Quentin vient d’accueillir jusqu’en mars 2022 une de ses oeuvres maîtresses, hommage à Alfred Manessier, célèbre pour ses toiles abstraites de la Baie de Somme.

Ses créations se distinguent par un graphisme extrêmement précis, un équilibre entre forme et couleur, une mise en valeur des textures et de la plasticité de la terre.

La rigueur des dessins, des jeux d’emboitement et des cotes extrêmement rigoureuses de ses projets reflètent sa passion du design. Hélène Morbu est diplômée des Arts déco Reims et des Arts appliqués Olivier de Serres. Les céramistes Marc Albert, Maryline Vincent, Pierre Charpin, les designers Ettore Sottsass et Enzo Mari sont les sources auxquelles elle puise son exigence.

Attentive à la cohérence entre forme et couleur, elle joue des contrastes entre émail et terre colorée dans la masse. Sa ligne contemporaine associe des pigments mesurés au milligramme près, des surfaces mates et brillantes et des profils sobres pouvant évoquer l’univers de la science-fiction qu’elle affectionne.

Elle manie porcelaine, grès et faïence. Les techniques traditionnelles (tour, plaque, moule, modelage) se voient bouleversées par des outils créés spécifiquement. Un processus lent et minutieux fait naître des surfaces qui s’apparentent au travail du cuir, du rotin ou du tissage.

Son oeuvre audacieuse explore les frontières entre tradition et modernité. Elle peut ainsi incorporer pour les impressions sur ses vases les motifs géométriques des terres cuites de Mésopotamie créées 10000 ans avant JC.  Ou interpréter des dessins en briques du Familistère de Guise.

Helene Morbu, née en 1981 en Picardie, habite à Nantes. Artiste autant qu’artisan, elle unit l’esprit et la matière en une alchimie savante. Sa recherche expérimentale s’appuie sur les propriétés de la terre, qui constitue désormais directement son inspiration. Et sa technique hors du commun laisse place à la poésie.

COURLIVANT

En littérature, le thème évoque « Les cavaliers » de Kessel.
En céramique de la Chine ancienne, ce sont les statuettes équestres vieilles de 2000 ans des dynasties Han et Tang.
Car les sculptures de Sandra Courlivant font vivre un univers mongol que nous identifions aussitôt, porteur d’images fortes, de bruits, de couleurs, de chevauchées enthousiastes et téméraires, de coursiers fougueux.

Depuis son plus jeune âge, l’artiste est bien sûr « passionnée par les chevaux, leur élégance malgré leur masse et leur puissance, la simplicité et la poésie de la relation qui peut s’instaurer au quotidien avec eux ».
Un séjour en Mongolie a ouvert cette passion sur un monde nomade à la culture originale, rude, sans doute menacée. Elle s’est attachée aux enfants lancés dans la course mythique du Naadam, aux cavaliers ne faisant qu’un avec leur monture, aux danseurs, aux musiciens, aux bergers.

Une proximité de cœur que signe le nom de son atelier : Urga. L’urga est une longue perche que les cavaliers mongols utilisent pour rassembler leurs troupeaux. C’est aussi l’ancien nom de la capitale de la Mongolie.
L’atelier Urga est un petit bout de Mongolie planté dans un village du Maine et Loire. « Mon inspiration prend corps dans le mouvement ou l’expression d’une émotion. A partir de là je réalise plusieurs croquis qui me soutiendront dans la trame générale de la sculpture. Je ne cherche pas la certitude académique dans le modelage mais plutôt l’harmonie de chacun, l’énergie qui transpire de l’être et de l’animal. Mon intention est de ne pas figer ; l’argile transmet l’ampleur ou la retenue du geste ».
Si une scène peut se décliner en série dans un processus de maturation du geste ou des formes, chaque sculpture est unique, cuite à 1100° et patinée à froid au lavis acrylique ou à l’huile.

Sandra Courlivant est née en 1973. Après une formation d’Arts appliqués elle débute sa carrière en réalisant des décors et fresques murales pendant 10 ans. Puis elle revient à sa passion et se forme en autodidacte pour se consacrer à la sculpture équine en argile.

Témoins de liens toujours actifs avec le peuple mongol, ses œuvres sont présentées aujourd’hui dans plusieurs galeries en France et à l’étranger. Elles illustrent le proverbe local : « Un homme sans son cheval est comme un oiseau sans ailes. »

MIROBENT

Hélène Mirobent nous surprend : peinture ou sculpture ? Peinture au vu des châssis. Mais également papier sculpté. Ce sont en effet des créations en 3 dimensions qu’elle élabore, avec une utilisation virtuose du papier comme matériau essentiel de son travail.

L’artiste conjugue la couleur, le relief et la lumière.

Dans un premier temps, elle part d’une base conceptuelle pour peindre le papier japonais à l’acrylique. C’est un processus minutieux de coloriste inspirée, qui s’attarde jusqu’à ce qu’elle obtienne en fines pellicules les harmonies voulues : la couleur construit l’oeuvre.

Seconde étape : le pli du papier, qui va structurer la création. Le papier japonais coloré est malmené, patiemment froissé, découpé, réorganisé, repeint éventuellement, puis marouflé sur toile. « Les rythmes du plissé transforment un espace savamment chaotique en un jeu formel d’ombres et de couleurs ». Plis et rides vont faire parler la matière, et trébucher les couleurs dans une cascade de nuances.

Enfin, cette architecture se donne à la lumière, qui révèle et sublime le papier. C’est un stade où l’oeuvre échappe en permanence à son auteur. « Rien n’est imposé. L’oeil contemple et – soumis aux variations de l’éclairage – l’esprit assemble, à chaque heure du jour, une histoire différente. Le frémissement de la matière interpelle l’imagination du spectateur. »

La composition qui paraissait abstraite a évolué en un long processus de reconstruction mentale, pour transmettre une sensation colorée et palpable.

L’inspiration d’Hélène Mirobent privilégie les territoires, l’univers végétal, les traces de mémoire, les écritures. Le thème dirige le travail du peintre, soit coloré comme la nature, soit obscur avec des nuances de couleurs.

Sa réflexion sur les naufrages de la mémoire convoque une palette de plus en plus sombre, où la réapparition des souvenirs irradie des trous de lumière et saisit des émotions fugitives. « C’est en plongeant dans les ténèbres que j’y ai découvert la lumière. Le visible dialogue avec l’invisible : c’est en peignant mon papier en noir qu’il a pris toutes les nuances de l’ombre. Et c’est alors que petit à petit cette quête sur les traces du souvenir est devenue simple présence, présence d’une empreinte lumineuse. Des ténèbres jaillit la lumière et de la lumière surgissent les couleurs » dit-elle comme en écho à Pierre Soulages.

L’artiste, née en 1961, vit en région parisienne, où elle enseigne les arts plastiques. Formée aux Arts décoratifs ENSAD, aux Arts appliqués ESAA Duperré, elle est membre de la Fondation Taylor. Prix Maxime Juan / Taylor 2013, Yves Klein / Fontenay aux Roses 2015, Coup de coeur des artistes / Fontenay aux Roses 2019 et Aralya / RDV d’art 2020.

Son travail original et raffiné s’apparente pour partie aux œuvres de Jackson Pollock, que viendrait transcender relief et lumière, « dans une approche de la lumière qui veut dire enfin quelque chose ».

GUILLON

La vieille ville de Pézenas, dans l’Hérault, ancienne résidence des gouverneurs du Languedoc, fourmille de rues pavées du XVIème siècle. C’est là que se cachent les toiles d’Anne Guillon, ajoutant à l’ambiance de la cité chargée d’histoire leur poésie hors du temps.

La facture est contemporaine ; d’abord un peu secrète, elle nécessite une attention qui dépasse le stade d’une lecture passagère. Il se dégage pourtant de ces contours modernes une ambiance à la limite de celle d’un conte oriental : l’effet des couleurs roses, mauves, la présence moirée des matières, l’atmosphère d’un jardin protégé confèrent à ces œuvres une douceur globale qui renvoie aux miniatures persanes.

Les motifs décoratifs associés aux collages ont une présence sur l’ensemble du tableau, et se jouent de la limite entre les personnages et leur environnement : cette continuité poétique n’est pas sans rappeler les impressions des toiles de Matisse.  

L’artiste puise sans doute une partie de son inspiration dans ses nombreux voyages. Née en 1964 de parents enseignants en coopération, elle a parcouru le monde à leurs côtés durant son enfance et son adolescence. Rentrée en France pour suivre des études d’économie et finance, elle repart vivre et travailler quelques années à l’étranger. Ce n’est qu’à son retour en 1997 qu’elle décide de se tourner vers l’art. Elle suit alors des cours en peinture décorative et se lance dans la création de mobiliers et d’objets d’art.

Puis elle ouvre son atelier à Pézenas, en se dirigeant d’abord vers un travail abstrait. Au fil du temps cette abstraction va se peupler de figures, évocations de rêves et de fragilités humaines qu’elle appelle son « imaginaire-vécu ».

Le cheminement d’une œuvre est progressif, fait de reprises multiples accueillant l’intuition et l’aléatoire. Il fait appel aux encres, aux acryliques, aux pastels, aux fusains, à l’huile, aux collages, aux éléments travaillés avec des monotypes ou des plaques de linogravure.
Le papier y prend une part essentielle : chargé de couleurs, de traces, d’empreintes, il crée une âme entre les techniques qui se superposent en couches légères et raffinées.

Anne Guillon bâtit ainsi son monde, pour « décider enfin de la couleur du ciel ».

CHAUDÉ

C’est au cœur de l’Afrique que Karine Chaudé a été bercée depuis son enfance par la matière, les formes et les couleurs qui caractérisent ce continent, ses rites et ses croyances : l’homme et l’animal y apparaissent souvent liés, au travers des statues, des masques, des danses.

“Maka” est un terme à la connotation très africaine mais qui reprend en fait le surnom familial de l’artiste. Sans représentation figurative précise, ses Maka sont des sculptures de créatures hybrides.
Hybrides physiquement, car faites soit en bronze soit d’une structure métallique associée à des matériaux divers tel que le papier ou le plâtre. Ce recours sans a priori à des ressources variées rejoint la pratique habile de nombre d’artistes africains, passés maîtres dans la mise en œuvre experte de techniques non classiques.
Hybrides philosophiquement, car elles naissent de l’union entre les êtres : elles réhabilitent notre part d’animalité, tout en replaçant l’homme au sein du règne animal, non pas au-dessus des autres êtres vivants, mais à leurs côtés.

La plasticienne est née en 1987. Elle vit et travaille au cœur de Paris.
Plusieurs années comme directrice artistique dans le monde de la publicité et de l’apparence l’ont convaincue de tracer une voie plus personnelle maniant expression esthétique et savoir-faire technique. Elle est aujourd’hui présente dans des galeries en France, en Belgique ou au Luxembourg, et a été distinguée par de nombreux salons : mention 2022 des Artistes français Art capital, prix 2018 du Salon de Versailles, prix du jury 2017 Arts et partage, prix 2015 Fontenay sous Bois Artcité, prix 2014 Géant des Beaux Arts ADAC.

Ses oeuvres à la ligne épurée rejoignent la ligne de sculptures de Giacometti comme Skeletal ou La cage. A la croisée des mondes réel et imaginaire, elles symbolisent la protection de totems bienveillants.

SLACK

Faut-il dissocier la carrière musicale de Paul SLACK, bassiste punk international, de sa démarche de peintre, dont les œuvres actuelles associent formes douces travaillées et couleurs pastel ? Deux expressions artistiques apparemment aux antipodes, une même sensibilité.

L’artiste britannique est né en 1957. Amoureux de la peinture, il étudie à la St Martin’s School of Art. Mais il abandonne ses études pour poursuivre une carrière dans la musique.  Il devient le bassiste du groupe mythique U.K. Subs, formation pionnière du punk rock anglais depuis 1977. Et le succès va le conduire un peu partout à travers le monde, accumulant 250 concerts par an durant une décennie. Sa chanson « Warhead », aux paroles prémonitoires, reste interprétée 40 ans plus tard : “ We’re looking at the world through a barrel of a gun. Are we ready ? “.

Paul SLACK vit aujourd’hui, entre quelques concerts à Londres et sa maison normande, au cœur du pays de Bray. “J’ai abandonné l’école pour devenir musicien. Mais mon premier amour reste probablement la peinture”, à laquelle il se consacre depuis bientôt 10 ans. 

Ses peintures ont pu refléter l’influence qu’il accepte de SOULAGES, PICASSO, ou Franz KLINE, par leur style abstrait non contraint et leur palette sombre.Les toiles les plus récentes consacrent un tournant, pris délibérément en réaction aux confinements. Comme la musique punk se voulait une protestation politique, ces nouvelles œuvres veulent bousculer le chaos de la covid, et apporter l’antidote du rythme, des couleurs et de l’harmonie.
Elles s’inscrivent dans le prolongement des peintres coloristes américains contemporains Frank STELLA et Morris LOUIS, et font de la couleur le sujet-même de l’œuvre.
Leurs titres établissent enfin une relation avec la musique, où Paul SLACK décèle une forme géométrique. “ L’art géométrique est un ensemble d’éléments qui doit fonctionner, s’imbriquer parfaitement comme dans une chanson “. 

Cette recherche d’équilibre assure le lien entre musique et peinture. BACH lui-même aurait sans doute approuvé.

JOSSE

Antoine JOSSE revendique l’influence d’Alberto GIACOMETTI et de Jean-Michel FOLON.
Les personnages filiformes qui hantent certains tableaux ou sculptures évoquent en effet l’homme qui marche du premier ; et l’ambiance à la limite du fantastique constituerait un terreau propice à l’évolution en apesanteur de bonshommes au petit chapeau du second.

Mais l’artiste privilégie le paysage, qui tient dans ses tableaux un rôle majeur. La mise en scène dépouillée y met en particulier trois éléments en vedette : l’arbre, le sillon et le ciel.
L’arbre, souvent solitaire, soutient une frondaison ample, qui assoit son caractère de repère, de protecteur ou de résistant perdu.
Le sillon profond creuse une terre qui s’étend, déserte voire désolée, à perte de vue.
Au-dessus, le ciel n’est pas limpide. Il charrie de lourds nuages. Il évoque la menace d’une tempête qui se lève, ou l’espoir incertain des fragments de ciel bleu qui laissent penser pouvoir échapper au tumulte. 

Quelle que soit la taille de l’œuvre, ces trois acteurs contribuent à un sentiment d’espace et d’isolement : il y souffle un grand air de liberté, et de destin individuel, dans un monde où chacun doit trouver sa voie ou son rêve.
Les dessins du sol alignés côte à côte, le décor strict, le jeu des perspectives, les dimensions infinies confèrent aux créations d’Antoine JOSSE une dimension de jardin zen où s’échafaude une réflexion philosophique.

Sur la base d’un croquis, l’artiste utilise la mine de plomb, quelques crayons de couleurs et des encres. Sa palette se limite au noir, au rouge, au gris, ponctuée parfois d’exceptions bleues ou vertes. Cette économie de moyens et d’effets est caractéristique de l’atmosphère de ces œuvres, réalisées sur bois enduit.

Antoine JOSSE est né en 1970. Il habite et travaille en Normandie.
Il expose depuis une vingtaine d’années, essentiellement en France mais aussi en Angleterre, en Belgique, au Chili, aux Etats Unis, au Luxembourg et en Suisse. 

DEFER

« de 2 »

Le terme « sigillée » vient du latin sigillum, qui signifie le sceau, caractéristique des poteries gallo-romaines marquées par les cachets significatifs de cette période historique. La production de ces poteries est devenue pour les archéologues la marque de reconnaissance de tout l’empire romain.
Dans la céramique contemporaine, on désigne par « terres sigillées » des pièces qui sont préalablement polies puis recouvertes avant la cuisson, selon la technique ancienne des gallo-romains, d’un engobe très délicat réalisé par décantation des particules les plus fines d’argile. C’est cet engobe qui va vitrifier à la cuisson et de ce fait rendre utilitaires les poteries sans qu’elles reçoivent de revêtement vitreux.

Ici s’arrête le parallèle gallo-romain. Les Romains visaient la production d’une vaisselle haut de gamme la plus homogène possible. Les céramistes contemporains, à la suite de Pierre BAYLE et Jean-Paul AZAÏS, donnent à cette technique ancestrale et écologique un souffle de modernité et de diversité tout autre.
Le matériau est ordinaire, une terre ramassée un peu n’importe où ; le four est très simple, généralement à bois et peu gourmand en énergie. Mais cette base modeste, associée à un façonnage particulièrement méticuleux, est sublimée grâce aux recherches sur la cuisson au bois basse température (moins de 1100°) et une gestion subtile des atmosphères de cuisson, jouant sur les contacts au cours de l’enfournement. Au prix d’un résultat toujours aléatoire, la superposition de plusieurs couches ou voiles d’argiles révèlera une variété de couleurs naturelles étonnante.
Progressivement les nouvelles œuvres sigillées, marquées d’une expertise de plus en plus avancée, se libèrent de l’influence de techniques plus codifiées, telles les craquelures du raku.

Maxime DEFER, né en 1979, a suivi un cursus d’ébéniste avant de devenir céramiste comme son père. Depuis une quinzaine d’années, il exerce dans son atelier, blotti dans la campagne au sud de la Lorraine, un art qui fait le lien entre ses passions pour les fouilles archéologiques et pour la nature.
Il intervient au musée de la Cour d’Or de Metz.
Ses créations sont présentes dans les grandes manifestations de potiers en France. 

TARTIERE

Les œuvres de Brigitte TARTIÈRE ne ressemblent à aucune autre. Elles propulsent un monde abstrait plein de poésie : calme monochrome, pointillisme multicolore ou relief gaufré, son univers paraît détourner la mosaïque ou la dentelle vers des lunes mystérieuses, des poussières d’étoiles ou des jaillissements de bulles.

Et lorsque vous résistez à leur pouvoir évocateur, vous n’avez pas pour autant décrypté leur secret basique : l’artiste perce le papier. 

Elle peut aussi attaquer la toile, la soie, le bois, le zinc ou le cuivre. Mais c’est le papier, sous de multiples formes, le papier d’Arches, qui est le mieux capable de la faire entrer « en turbulences ». C’est une bien curieuse passion : chaque feuille lui est unique, par sa texture, son épaisseur, son tonus, qui vont susciter une création. 

Brigitte TARTIÈRE détourne l’aiguille du couturier ou l’ébauchoir en buis du sculpteur pour travailler la face avant ou arrière du papier. Ainsi armée, elle pique, elle coupe, elle grave. Sous les pics répétés, la surface du papier vibre, résonne. La plasticienne écoute sans se lasser les « points-sons » frappés par milliers. Et elle compte, elle compte jusqu’au bout : 13740 piquages pour son œuvre « Murmures d’eau ». La feuille peu à peu se transforme, vêtue de stigmates. Elle se module, ondule ; de plane, elle devient presque sculpturale. 

A la lisière de Paris, l’atelier de Brigitte TARTIÈRE cache une délicieuse petite cour fleurie à l’ambiance méditerranéenne. Comme un hommage à Rabat, où elle est née en 1953, et où elle a reçu à 4 ans et demi le prix de piquage de la classe de 12ème : vocation hors norme et précoce ! 

L’artiste est diplômée de l’Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art.

Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques et fonds d’art contemporain. Elles illustrent quelques extraordinaires livres d’artiste. Elles ont été présentées dans des expositions et salons en particulier en France, en Corée et au Japon.

KETELAERS

Ces nus masculins choqueront-ils encore ? La question peut se poser : alors que le nu féminin s’expose aussi régulièrement que naturellement, le corps masculin n’a pas eu la même faveur. Il n’est pas neutre qu’il ait fallu attendre 2012 pour qu’un musée majeur, le Leopold Museum de Vienne, ose lui consacrer une exposition, suivie en 2013 par celle du Musée d’Orsay auquel cette présentation emprunte nombre de commentaires.
Et pourtant, la nudité masculine a constitué pendant longtemps une ligne de force de la création en Occident.

Plus que tous, les artistes de l’Antiquité puis ceux de la Renaissance, influencés par le fond culturel judéo-chrétien, sont considérés comme ayant établi une synthèse idéale du corps humain, incarnant l’idéal du héros. A partir du XVIIe siècle les formations d’excellence pour la sculpture et de la peinture d’histoire ont pour finalité la maîtrise de l’exécution d’un nu masculin.
Mais le XIXe siècle érige le corps féminin en absolu et en objet d’un désir viril assumé. L’esthétique réaliste qui s’empare de l’art occidental bouleverse la représentation de la nudité masculine : l’homme dénudé paraît encore plus obscène et choquant que la femme dans la société du XIXe siècle où règne la domination masculine et où prolifèrent les figures féminines. Seul l’homme moderne à la morphologie athlétique proche de l’art gréco-romain trouve un créneau de communication politique à visée totalitaire.

Cet héritage perdure. Il n’empêche pas l’art contemporain de reprendre le flambeau de la représentation du nu masculin : les dessins de Schiele, les sexes avachis de Louise Bouegeois, le thème gay de Pierre et Gilles ou les corps surdimensionnés de Ron Mueck en apportent une illustration sereine.
Les nus masculins de Greet KETELAERS doivent se lire dans le prolongement de cette fresque. Ils trouvent une inspiration dans les spectacles de danse dont l’artiste est une spectatrice assidue. Elle y mémorise figures et positions, qui serviront de point de départ à son imaginaire.
L’œuvre décrit moins anatomiquement un corps qu’elle ne met en valeur son langage. Les mains et les pieds démesurés appuient le sens du mouvement. La facture et la couleur très sobres renforcent l’expression de la sculpture.

Greet KETELAERS est née en 1950 à Furnes, en Belgique, où elle habite et travaille toujours. Parallèlement à ses fonctions d’enseignante, elle a suivi des études supérieures de sculpture, d’histoire de l’art et de dessin.
Depuis une quinzaine d’années elle accumule de nombreux prix et distinctions.