STENUIT

« Petits motsnuments aux mots anonymes » : c’est ainsi que Nicole STENUIT nomme ses sculptures à lire en papier journal et en écorce. Par rapport au bois, au marbre ou au bronze, le matériau est modeste ; il est même en péril face à l’invasion du numérique. Mais il permet de marier l’amour de l’écrit et la transmission des messages collés sur les personnages, au travers d’œuvres d’une beauté subtile.

Vous comprendrez combien l’artiste est amoureuse des mots si vous montez dans son atelier, à Liège, dans une maison pleine de désordre et de charme : le lieu est totalement envahi de piles d’extraits de journaux. Où, miracle, elle réussit, malgré les apparences, à trouver finalement le passage qu’elle recherche et la texture dont elle a besoin, entre la finesse du papier du « Monde » ou l’épaisseur de celui du « Soir ».

Autour d’une armature de fil de fer ou de bois, la création passe par un travail de modelage d’une matière faite de languettes de papier journal et de cette colle à tapisser associée à la colle d’os, qui rend l’œuvre si résistante. Après une période de séchage s’ensuit un premier ponçage, suivi d’un nouvel apport de languettes. Cette opération doit se renouveler à maintes reprises avant d’arriver au stade final selon l’inspiration de l’artiste. Ainsi, certaines sculptures reposent durant plusieurs mois voire années avant de sortir de son atelier.

Chacune des sculptures est intimement liée aux mots qu’elle porte, qui lui donnent sens et titre.

“Ces créatures se veulent gardiennes de mémoire : elles portent, à même leur chair, les mots qui blessent, les mots qui bercent, les mots qui tuent, les mots qui sauvent. Désignées femmes, elles interrogent les images multiples que leur renvoie le miroir des médias. Êtres de papier, elles se souviennent de leur passé d’arbres et arborent parfois leurs écorces d’innocence”.

Littérature oblige, Nicole STENUIT a toujours collectionné journaux et magazines et est diplômée de philologie romane.

Après une brève escale dans l’enseignement, son cheminement passe par le théâtre pour dire la vie des campagnes, puis la vidéo dans les cités ouvrières. Elle y découvre le papier mâché en y créant pour les enfants des marionnettes. Ainsi naît sa vocation pour la sculpture et commence son apprentissage autodidacte.

L’artiste expose chaque année en Belgique depuis 1996. C’est la troisième fois que la galerie présente ses sculptures.